dimanche 22 septembre 2013

Lucrèce : De la nature des choses (De rerum natura, 1er siècle avant Jesus Christ)

 
           


            De la nature des choses



            Avant de la briser l’éclat retient l’image.            

            Si rapide soit-elle, elle est prise au passage,           
            Et quel que soit l’objet qu’on expose au miroir,           
            L’image instantanée aussitôt s’y fait voir.            

            D’où j’ai droit d’inférer que des contours émane           
            Un frêle simulacre, impalpable membrane ;            

            Enfin, qu’un seul instant voit naître par milliers,           
            Sans relâche et sans fin, ces calques déliés            

            Dont la célérité n’eut jamais de rivale.

            C’est pourquoi le miroir surprend tant de fantômes,           
            Reflétant, quelque point qu’atteigne sa lueur,
                                
            La forme des objets et jusqu’à leur couleur.

            Mais quel effort jamais, quelle langue savante            
            Exprimeront le peu que de ces vastes corps            

            Emporte le reflet détaché de leurs bords ?

            La lumière sans trêve engendre la lumière ;            

            L’éclair de proche en proche aiguillonne l’éclair.            
            Ainsi le simulacre aux profondeurs de l’air            

            Franchit en un clin d’œil des gouffres insondables,           
            Indicibles : le choc d’atomes impalpables            

            Montant derrière lui le pousse loin du sol ;           

            Son tissu rare et clair hâte encore son vol.            

            À travers toute chose il s’insinue et passe,            

            Filtré pour ainsi dire aux pores de l’espace.
            
            L’image à temps égal en doit traverser plus

            Que n’en perça jamais la lumière céleste.            

            Cette rapidité, tout l’affirme et l’atteste.            

            Expose une eau limpide à l’azur de la nuit :            

            La voûte constellée à l’instant même y luit.            

            Demande à ces flambeaux éblouissants du monde            
            Brusquement évoqués par le miroir de l’onde,            

            En quelle ombre de temps l’éclat de leurs grands corps            
            Des rives de l’éther tombe aux terrestres bords !
           
            Rends-toi ; cède, il le faut, à tant de témoignages.           
            Et comment pourrais-tu douter de ces images ?            
            Elles frappent tes yeux ; c’est tout ce que tu vois.            


          
Lucrèce
De la nature des choses (De rerum natura)
Traduction (1876, 1899) A. Lefèvre (1834-1904)

" Luz visible "


" Luz visible "


" Luz visible "


" Luz visible "


mercredi 19 juin 2013

Qu'est-ce que l'Art ? Sylviane Dupuis.




 1
L'art n'est pas distraction - il est concentration

2
L'art n'est pas divertissement, ou manière de se rassurer - il est le voile de l'insupprtable.
(En tout artiste il y a un chamane qui convoque et canalise des violences dont il pressent que, faute de s'incarner, elles pourraient nous menacer d'effondrement)

3
L'art n'est pas la vie, mais un moyen de nous contraindre à en faire autrement (et peut être plus profondément) l'expérience.

5
L'art n'a pas à plaire, mais à agir sur nous. (Et sur ce qui, en nous, lui résiste)

9
L'art n'aspire à rien de déjà connu - il avance, sans savoir où il va, en direction de l'imprévisible.
(...)
Il est de l'infini qui se sert du fini pour pouvoir accéder à l'existence.

12
L'art n'est pas l'artisanat (qui fabrique des objets conçus d'avance au moyen d'outils connus et selon des pratiques programmées). Il lui faut se donner à lui même ses outils, sa méthode et son propre langage pour tenter de mettre au jour (de rendre visible ou de faire éprouver) quelque chose d'inconnu et d'unique dont nul ne pouvait anticiper le surgissement.

18
L'art n'est pas la folie. (...) La différence fondamentale entre l'artiste et le malade consistant (déclarait Jung à Joyce) en la capacité du premier à descendre dans le gouffre et à en remonter (...) alors que le second, quand il y est tombé, n'a les moyens ni d'en revenir seul, ni d'en tirer quelque chose pour d'autres...

32
L'art est (avec la prière, l'amour et la transe) la seule voie d'accès à l'absolu qui ne tue pas.




Sylviane Dupuis, "qu'est-ce que l'Art ? 33 propostions "

lundi 29 avril 2013

Sans titre


Texte à propos de l'expo "Vie" de Alias nb



 
P. Broquier     



De boucles enroulées compulsivement sur le papier, aux lignes répétées nerveusement, ces régressions maniaques donnent la vibration de l'exposition "Vie" de Alias nb.

Ses photographies d’un chantier me sont quelques fois apparues comme des structures vertébrales en construction déjà prêtes à se briser, des articulations, des terminaisons nerveuses sur le point de se déchirer.
Cet état intermédiaire entre construction et déconstruction semble agir dans son œuvre comme un balancier perpétuel.

Un corps photographié, le sien, squelette impudique, posé fragilement sur le rebord d’une simple baignoire comme au bord d’un précipice, est agencé à un horizon sans âme basculé verticalement. Ce diptyque nous indique peut être à ce stade le difficile constat d’une stabilité sans équilibre. Cet autoportrait nous donne dans le même temps la clé de compréhension des rapports entre toutes les différentes séries présentées dans cet espace.

L'ensemble de cette première exposition personnelle est à voir dans son mouvement global ou à examiner au scalpel d’une "Vie" à la limite. Son nbnogramme panoramique en est peut être alors la frontière subtilement codée.



Patrice Broquier, Avril 2013, à propos de l'exposition "Vie" de Alias nb, à partir
du 3 mai à l'espace B-carré, 23 Bd de Waterloo, 1000 Bruxelles.





mardi 30 octobre 2012

dimanche 21 octobre 2012

samedi 20 octobre 2012

Disparition

 


La chute des corps, c’est la loi de la gravité. Par prolongement symbolique, c’est dans ces photographies, la disparition des êtres, notre finitude.

mercredi 3 octobre 2012

Gravity / La chute des corps


En préparation...

En préparation...
L A C H U T E D E S C O R P S
EXPOSITION DU 12 AU 14 OCTOBRE 2012

Espace "B carré" 23 Bd de Waterloo 1050 Ixelles
Dans le cadre du festival WALK #1

En préparation...

En préparation...
L A C H U T E D E S C O R P S
EXPOSITION DU 12 AU 14 OCTOBRE 2012

Espace "B carré" 23 Bd de Waterloo 1050 Ixelles
Dans le cadre du festival WALK #1

samedi 29 septembre 2012

L A C H U T E D E S C O R P S

EXPOSITION DU 12 AU 14 OCTOBRE 2012
atelier "B carré" 23 Bd de Waterloo 1050 Ixelles Belgique
Dans le cadre du festival WALK #1

L A C H U T E D E S C O R P S

EXPOSITION DU 12 AU 14 OCTOBRE 2012
atelier "B carré" 23 Bd de Waterloo 1050 Ixelles Belgique
Dans le cadre du festival WALK #1


La chute des corps

L A  C H U T E  D E S  C O R P S

EXPOSITION DU 12 AU 14 OCTOBRE 2012
atelier "B carré" 23 Bd de Waterloo 1050 Ixelles Belgique
Dans le cadre du festival WALK #1


            Patrice Broquier, né en 1969 en France, vit et travaille en Belgique depuis 1992 où il y a étudié la photographie. Ce medium a toujours été au cœur de ses recherches artistiques auxquelles se sont associées ces dernières années des expériences sonores et vidéographiques.

De ses séries d’images formellement homogènes et rigoureuses des années 90 questionnant les supports de mémoire collective et son histoire individuelle, il a développé depuis 2006 (cf exposition Galerie Bortier) un travail plus introspectif prenant la forme de rapports d’images parfois dissonants. Ces agencements d’images ont été regroupés successivement sous les noms “Switch” puis “Acédia”. Ils semblent reliés à la fois à un sentiment d’urgence à se saisir du monde et dans le même temps à l’élaboration d’équilibres silencieux.

« Je photographie par état de nécessité psychologique, c'est à dire pour prendre conscience toujours un peu plus loin de ce que je suis, dans l'espace où je me situe. C'est sur le fil. Il y a en fond instabilité, enfoncement, équanimité, adynamie... une succession d'équilibres précaires. Ces images développent souvent des correspondances dont on aurait enlevé le premier terme. »
En 2010 (cf exposition Galerie Hectoliter), sous le titre “At the end : the gravity law experience“, il s’intéresse plus spécifiquement à la question du paysage :
« Un paysage est une construction abstraite sur un espace particulier. L’horizon, cette “ligne imaginaire circulaire dont l’observateur est le centre et où le ciel et la terre ou la mer semblent se joindre” est à la fois une donnée immédiate de la perception et une abstraction insaisissable. En bipèdes, nous raisonnons l’horizontalité dans le paysage à partir de notre verticalité physique. Nous faisons l’expérience de la gravité au travers de notre corps comme nous voyons un objet tomber. J’ai voulu transposer symboliquement cette réalité. »

Dans “La chute des corps”, on retrouve sa conception du photographique, c’est à dire, une photographie totale, intégrant volontairement des vocabulaires visuels parfois très différents, des ruptures de formats, des accrochages éclatés, créant un ensemble paradoxalement très synthétique des expériences vécues et de leurs symboliques mais éloigné de toute narration. Ce processus d’assimilation psychique du monde nous apparaît ici plus aigu car associé à un deuil personnel à partir duquel cette démarche photographique prend tout son sens.

« La chute des corps peut se définir comme le mouvement que prennent les corps lorsque, abandonnés à eux-mêmes, ils tombent vers la terre. Une chute est un accident. Un matin, j’ai monté un escalier pour réveiller ma mère. Son corps gisait incliné sur les marches dans l’obscurité. Après cette expérience douloureuse, de nombreuses images relevant pour moi de la loi de la gravité ont pris place dans mes ensembles d’images. L’horizon et la lumière s’y sont alors accordés. »

La dimension émotionnelle qui a induit en partie cette étape de son travail est ici dépassée, englobée dans un questionnement plus large et sublimée par certaines abstractions porteuses peut être d’une forme de mysticisme. Il s’agit sans doute pour lui de partager cet inachevable dévoilement. « J’accepte ce travail autant que je le construis. »

Eric Daurfel, Octobre 2012

samedi 4 septembre 2010

Fables

Que faire alors des paroles de l’artiste sur son œuvre et sur l’art ?
Devons-nous les prendre pour une théorie complète ? Cela ne serait pas raisonnable : même chez Kandinski ou godard, il y a toujours écart et dysfonctionnement entre la théorie et la pratique esthétiques ; nous ne sommes pas face à un mode d’emploi. 
Devons-nous alors les prendre pour des bribes subjectives sans valeurs ? Ce serait manquer leur richesse, leur force et leur fulguration. 
En réalité, nous devons nous transformer dans notre désir de réponse et dans notre manière de recevoir ces mots d’artistes qui ne sont pas réductibles aux mots d’enfants créateurs. Ces phrases prononcées ont une fonction pratico-esthétique qui l’emporte sur la fonction de connaissance : elles sont nécessaires pour que l’œuvre soit et soit telle qu’elle est. A la fois maïeutiques et poïétiques, elles accompagnent sa naissance : l’artiste a besoin d’elles pour faire être et pour faire recevoir son faire et son être. 
Ce sont des fables : elles peuvent être critique ou louange de l’œuvre ; dans tous les cas, elles participent du fabuleux et de la fabulation, de l’histoire racontée en vue d’une morale et de l’aventure récitée en vue d’une épopée. Car les artistes sont des héros : ils ont raison de le savoir et de le montrer. Leur voix nous ouvre une voie vers cette chose même qui est l’œuvre.

François Soulage / Esthétique de la photographie

mardi 17 août 2010

"Aprés la photographie"

"J'aimerais que la photographie dégoûte les gens de la peinture jusqu'au moment où quelque chose d'autre rendra insupportable la photographie"

Marcel Duchamp

mardi 27 juillet 2010

Laszlo Moholy-Nagy

"Le capitalisme nous a fait entrer dans une phase de développement économique et social insupportable pour qui veut mener une vie saine et épanouissante; c'est là notre problème décisif.
La lutte des classes constitue un moyen politique trés puissant pour venir à bout de ces situations intenables et améliorer les conditions de vie organiques. Il existe cependant d'autres moyens moins conscients, moins immédiatement ciblés, mais qui eux aussi tendent à faire comprendre à l'homme, pratiquement anéanti par le capitalisme, ce dont il a besoin pour reconstruire sa vie future.
L'art est cette préparation inconsciente, l'éducation subconsciente de l'homme."











Laszlo Moholy-Nagy,"
Malerei, fotogrfie, film"
1927

samedi 24 juillet 2010

Commerce universel

"Finalement l'époque est arrivée où tout ce que les gens considéraient jusqu'à présent comme invendable est devenu objet d'échange et de spéculation. C'est l'époque où les choses qui étaient jusqu'alors partagées mais jamais échangées, offertes mais jamais vendues, gagnées mais jamais achetées, où l'honneur, l'amour, les convictions, la science, la conscience, lorsque presque tout est devenu objet commercial. C'est l'époque de la corruption générale, du commerce universel, ou, pour parler en terme d'économie politique, l'époque où chaque objet, physique ou moral est présenté au marché en tant qu'objet à vendre, pour qu'il soit jugé d'aprés sa vraie valeur."

Kar Marx, misère de la philosophie, 1847

vendredi 16 juillet 2010

Chimères

" L'impossibilité d'atteindre aux êtres réels me jeta dans le pays des chimères, et ne voyant rien d'existant qui fut digne de mon délire, je le nourris dans un monde idéal que mon imagination créatrice eut bientôt peuplé d'êtres selon mon coeur ".

Jean Jacques Rousseau

mercredi 14 juillet 2010

Quelle place ?

"Certains affirment plus précisément que l'art contemporain conduit à faire de la sociologie non plus un adjuvant à la compréhension de l'art, mais l'approche exclusive qui lui convient. Quand l'oeuvre est ailleurs que dans l'oeuvre : dans ses circonstances (étymologiquement : "ce qu'il y a autour"), comme l'oeuvre de Duchamp en fait la démonstration en suprimant avec ses ready-made à la fois l'artefactéité (l'oeuvre n'est plus fabriquée par l'artiste) et la qualité esthétique, l'art lui-même invite à enquêter du côté des conditions de l'art. C'est précisément là l'objet de la sociologie.
Ce que l'art fait à la philosophie, conclut Nathalie Heinich, c'est de le pousser dans les bras de la sociologie (le triple jeu de l'art contemporain, 1998) "

Carole Talon-Hugon, "L'esthétique", P.U.F.

mardi 13 juillet 2010

Quel rôle ?

« alors ma maman dit que le rôle de l’artiste aujourd’hui (et demain) est en fait de ne pas avoir de rôle (un rôle implique des limites). En revanche, l’artiste devrait plutôt se rapprocher d’une figure polymorphe, capable d’inventer ses propres rôles temporaires. Un genre de terminator II : une entité invincible de métal liquide à effet de miroir, qui peut endosser toutes les formes. Par conséquent , son « invincibilité » est due à son pouvoir d’infiltration subtile, de déstabilisation, d’appropriation esthétique, de créer une ambiguïté mais aussi, paradoxalement, une crédibilité. Son action est l’action d’un chercheur, mais aussi l’action d’un DJ, remixant les sens en une nouvelle forme d’intuition.»

Davide Bertocchi